La douane et le matin

Depuis une heure je regarde le soleil se lever, le ciel passer de noir à bleu. Les immeubles au loin se sont allumés. Je suis arrivée hier après un vol très long. Il y avait beaucoup d’enfants, de cris, de bruit.

Atterrissage, enfin, sac à dos, manteau. Douane.  Documents, passeport, attestation et invitation diverses.

L’homme en uniforme tenait foutrement bien son rôle. Grand, musclé, la peau chocolat, le sourire inexistant… Il me demande combien de temps je reste, 60 jours. Et ce que je vais faire, écrire un livre. Regard incrédule : “Et on vous paie pour ça ?”… Oui Monsieur, sourire. Ne pas se laisser décontenancer. Le choc des mondes n’est pas entre deux pays, mais entre deux regards.

“Et on vous paie pour ça ?”

Le douanier sexy, aéroport de Montréal

De l’autre côté des barrières, un homme m’attendait. Bienveillance, accueil, chaleur, douce émotion. Voilà le visage que l’on m’a loué, la sympathie et le sourire des Montréalais !

Taxi, vers la ville. Territoire plat, ciel gris. Au premier regard, les ressemblances. Hormis la taille des immeubles, ce “tout est plus grand”, je me sens presque chez moi. Un vieux cinéma d’art et essai vient de fermer, certains quartiers se paupérisent, il y a des trous dans les rues et des projets de reconstruction. Respirer l’air d’ici, se sentir chez soi. Très vite, trouver le rythme des mots, comprendre l’astuce des diphtongues et sourire encore. La vie est simple, et belle.

Fin d’après-midi, avant que corps ne s’épuise tout à fait, j’ai marché dans les rues. Senti le froid sur ma gorge. Trouvé les derniers tas de neige grise, dans le parc, entre les flaques. Envie de courir et de sauter à pieds joints. Je suis de l’autre côté du globe, j’ai 10 ans, je joue, je vis, je ris.

Au bout du parc, la Maison des Ecrivains. Sans doute l’équivalent de notre Maison de la Poésie, et vivante, ouverte, accueillante. Du monde, des auteurs, des apprenants, c’est la semaine de la Langue Française en Scène… Un peu notre Langue Française en Fête, dont à part les bibliothécaires et les écoles, peu ont vent. Et voilà, je refais des parallèles; je me dis que si ça vit ici, ça doit vivre chez moi aussi. Peut-être suffirait-il d’être moins louve et plus urbaine pour savourer la vie à la Belge…

Décalage horaire oblige, j’ai écourté le cocktail, et pris le chemin de mes appartements. Au 20e étage. Sauf qu’il n’y a pas de 13e, et que le 18e c’est la piscine… Fichtre, on pourrait être plus mal !

Après quelques heures de nuit sans rêve, saveur de silence, j’ai goûté le lever du soleil. Du noir au bleu, et puis les fumées blanches qui apparaissent dans le paysage, et la neige au loin, tu vois ? Cette petite montagne. Se poser là. Prendre ses marques. Trouver un rythme de vie. Et se mettre au travail. Montréal, jour 1.

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