L’histoire et les escaliers

Deux heures pour visiter Montréal. Heureusement, le touriste est aidé.

Il y avait le soleil, un samedi et du joli temps libre. Alors quand un chouette gars d’ici, féru d’histoire de surcroît, m’a proposé une visite guidée de deux heures dans Montréal, bien sûr j’ai dit oui.

Pas trop tôt, hé : hier j’avais ma première “soirée de filles”, avec une avocate, une prof de stratégie d’entreprise, une journaliste éco, du vin, du rhum à la vanille et beaucoup de glaces. Je ne m’attarderai pas mais, bien sûr , on a parlé de “trucs de filles” : politique d’intégration, charte de la laïcité, vulgarisation de l’information, réglementation en matière de port du voile et de signes ostentatoires religieux, gommage au sucre de canne et investissement dans les infrastructures publiques. Le rhum était vraiment extra, et les femmes magnifiques.

Malgré le cruel manque de sexe et de peau, j’ai vraiment, vraiment bien dormi. Tu t’en fous ? Soit, revenons-en à cette ville qui s’offrait à mes yeux cet après-midi, sous un soleil à faire pâlir les Belges qui attendent la neige. Foutredieu, qu’on ne me dise pas que le climat va super bien.

Deux heures pour balayer la belle Montréal et l’histoire des Amériques, de Christophe Colomb au réferendum pour l’autonomie de 1995… C’est du solide ! Evidemment, ce sont les ressemblances qui accrochent le plus mes yeux.

Si Québec est jumelle de Namur, Montréal, et son histoire, est comme un miroir de Wallonie, dans sa relation à la Flandre et à la Belgique. Ce qui n’est pas vraiment étonnant : les pays sont jeunes, les codes civils intègrent l’un comme l’autre pas mal de ce bon vieux Napoléon, et la cohabitation de deux communautés linguistiques (1) fût jalonnées d’étranges négociations.

Le quartier chinois. J’en ai pas parlé. C’était pas très joli, mais ça sentait bon.

Je ne vais pas refaire un cours d’histoire : j’avoue, j’étais nulle en histoire à l’école. Il faut étudier, en histoire, cette activité n’est entrée dans ma vie qu’en fin de cursus secondaire, et encore… Conclusion : je n’ai aucun souvenir ni de l’histoire, ni des temps primitifs en néerlandais. Bref. La France a colonisé le Canada. La première ville fondée fût Québec, par Samuel de Champlain. (2). Port, commerces, … Deuxième ville : Montréal, pour évangéliser. Longtemps d’ailleurs, les piliers de la société québécoise ont été : la langue, l’église, l’attachement à la terre.

Sont venus s’installer dans la région des cultivateurs français. Le système féodal avait atteint ses limites, il n’y avait plus trop de terres à distribuer aux cultivateurs, donc on les envoie dans les colonies, pour quelques années, contre un lopin de terre et peut-être quelques pièces, sous la protection d’un seigneur (3).

Des allures de New York, non ? A gauche ambiance Chelsea, à droite Empire State…

C’est un peu la galère à cette époque en Europe : on se bagarre pour l’un ou l’autre trône, on se réconcilie à coup de mariage ou de petits cadeaux, genre un pays, ou une colonie. La France et l’Angleterre se sont chicané sévère, et la France a cédé le Canada aux British. Sauf que vivaient déjà au Canada, à ce moment, un paquet de Français, du peuple, des gens qui avaient conquis leur terre.  Et quand l’Angleterre a envoyé  ses généraux, ses commerçants, ses banquiers et autres personnages importants, pour asseoir son autorité et la Couronne sur le sol canadien, il a fallu négocier avec ces francophones, et cette religion catholique déjà bien ancrée.

Je te passe les siècles des siècles, et les sursauts de francophilies qui émaillent les rues : Ici, le Quartier Latin, puis le Champs de Mars, puis la Place d’Armes, à l’angle de la rue Saint-Jacques. Ah, il y a aussi une rue Sainte Catherine, rue Saint Clément, rue Saint Urbain, rue Saint Denis, Boulevard Saint Laurent… L’église, ce pilier, était longtemps présente, et l’est un peu moins depuis les récents débats liés aux questions religieuses, un sujet encore brûlant d’actualité.

Place d’Armes 500. Le siège de la Bourse et du Conseil des Arts. De part et d’autre, les statues au grand nez.

Mais revenons sur la Place d’Armes… Après la majestueuse Notre-Dame, réplique étonnante de son homologue parisienne, je remarque ce personnage étonnant aux allures de Lambique. L’homme, dandy au bouledogue anglais et au pli droit sur le pantalon, regarde la Basilique Notre-Dame, symbole de la magnificence de l’art et l’architecture, de l’élévation de l’esprit, de la vie tendue vers le ciel, et de la France. Son masque au nez pointu est un peu moqueur. Dans ses bras, le chien regarde vers l’autre coin de la place.

L’intersection Place d’Armes – Rue Saint-Jacques

A cet autre coin, la femme, symbole de l’élégance à la française, talon, tailleur, presque Chanel, coiffe d’hôtesse de l’air, dans les bras un caniche. Française. (Symbole ou caricature, je laisse à chacun le soin d’y réfléchir.) Elle regarde vers la Banque de Montréal, L’argent, le terre-à-terre, le symbole b

ritannique par excellence : les affaires, c’est le domaine des Anglais, dans l’histoire de Montréal. Son sourire, sous le masque, est un peu dédaigneux.

Ils feraient un couple parfait. D’ailleurs leurs chiens se regardent. Mais l’homme et la femme, le Britannique et la Française, ne se regardent pas. Ils regardent leurs bâtiments respectifs derrière un nez ridicule. Décidément, on n’en sort pas,de ces relations hommes – femmes difficiles.

Entre les deux statues, signées Marc André Jacques Fortier, un bâtiment moderne abrite…  la Bourse ET le Conseil des Arts et des Lettres du Québec. Et là, la symbolique est juste terrible !

Sir British et son bouledogue
Mademoiselle France et son caniche

En fait, ce pays a un humour du tonnerre. On peut toujours courir, avec nos chatons sur Twitter, tu sais.

La Basilique Notre-Dame, réplique de l’autre, gargouilles en moins.

La balade s’est poursuivie en traversant ce fameux quartier des affaires, puis le Golden Miles Square – qui vérification faite par mon guide, n’a de carré que le nom, soyons sérieux.  Ensuite, visite de quartiers bien plus résidentiels avec leurs rangées de maisons qui, lorsque tu tapes Montréal dans ton ami Google,  viennent juste après la magnifique skyline de la ville.  J’ai donc appris que les escaliers à l’extérieur des maisons, ce n’est pas pour enjamber la neige, non. Ni pour pouvoir ranger le bois de chauffage sous la porte. En fait, les escaliers sont à l’extérieur pour gagner de la place dans les logements. Et pour chauffer moins, aussi. Car ces maisons à escaliers sont généralement des immeubles divisés en deux ou trois appartements. Ce sont usuellement des maisons d’ouvriers.

On dirait presque les faubourgs namurois.

Un peu plus loin, quelques maisons s’alignent, quasi comme le sont celles des faubourgs de ma ville. Plus loin encore, dans ces rues larges aux noms anglais, l’une ou l’autre maison bourgeoise, et au toit flamand.

Et dans cet étrange méli-mélo de constructions – le plan d’urbanisme est un truc très récent, une dizaine d’années- soudain une merveille : une église reconvertie en logements. En y prenant garde, on découvre quelques fenêtres qui ne sont pas d’origine, et même … des balcons. Je ne sais pas comment on chauffe une église en hiver canadien, mais ça ne me déplairait pas, à moi, de vivre dans la maison du Seigneur, en mangeant des tires d’érables qui se collent à la langue, en attendant le retour du ciel bleu, des terrasses, des bourgeons sur les arbres et des amoureux qui se bécotent sur les bancs publics… Et fichtre que j’espère les voir, ces hommes et ces femmes montréalais qui s’aiment, heureux, simplement. Juste ça. C’est beaucoup déjà.  Je sais.

Une église reconvertie en logement. As-tu vu les balconnets, au dessus de la grande entrée ?

Et… il paraît que la poutine que j’ai goûtée n’était pas la meilleure. Honnêtement, ce n’était pas bon, mais pas bon du tout. Darling, tu es à Montréal, tu connais ZE adresse où je peux goûter de la vraie bonne poutine ? Fais-moi signe.

Notes de l’auteure

  1. Pardon les cantons rédimés, je sais bien que vous existez, et que vous ne comptez pas pour des prunes. Je simplifie. Pour ceux qui n’ont pas tout suivi de l’histoire de la Belgique, je vous ressers cette merveille de vidéo signée notamment de la plume de l’exaspérant mais talentueux Marcel Sel. Dis Marcel, je sais que tu m’as unfollowée parce que j’ai dit que tu parlais trop longtemps lors d’un Café Numérique namurois. Si tu me RT, j’oublie tout) : https://youtu.be/QlwHotpl9DA
  2. Pour Québec, le petit Champlain, joli toussa, je te renvoie à l’épisode 10, Darling
  3. Le régime seigneurial restera en application jusqu’au milieu du 19″ siècle. Genre les guerres d’ici, les guerres là-bas, les parallèles, toussa.

 

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